
| ____Pêcher 30 heures pour attraper un seul poisson. C'est ça la réalité d'un pêcheur à la ouananiche sur
le lac Saint-Jean. De quoi en décourager plus d'un. Et c'est ce qui se produit depuis 1990. Les agents de
conservation de la faune, même s'il ne détiennent pas de donnée spécifiques constatent une baisse
constante du nombre d'embarcations sur le lac et à l'embouchure des rivières, là où la pêche à la
ouananiche est permise.
DES DONNÉES INQUIÉTANTES |
| _____Cette situation n'est pas surprenante lorsqu'on regarde les données sur l'état de la ressource
ouananiche au lac Saint-Jean. Des données inquiétantes qui justifient amplement l'adoption de mesures corsées. _____Faisons d'abord un peu d'histoire... Le premier cri d'alarme concernant la ressource ouananiche a été sonné en 1985. On a alors dénombré seulement 60 géniteurs qui ont remonté la rivière aux Saumons pour aller se reproduire. Par les années passées, on en dénombrait de 300 à 600 selon les années! la suite de ce constat, le ministère du loisir, de la chasse et de la pêche( de l'époque) a effectué des séances d'information qui lui on confirmé ses appréhensions: la pêche à la ouananiche était de plus en plus mauvaise. On a alors profité de l'évènement pour informer les adeptes de pêche à la ouananiche des nouvelles mesures restrictives envisagées et celles retenues furent celles privilégiées par les participants à ces séances d'information. _____-La première mesure fut le report de deux semaines du début de la pêche de la mi-mai à la fin mai dès 1986, ce qui laissait le temps aux ouananiches de quitter l'embouchure des rivières avant l'ouverture de la pêche pour se disperser dans le lac, ce qui les rendaient moins vulnérables à la pêche. -La deuxième mesure fut l'abaissement des quotas de pêche de 3 à 2 poissons. -Finalement, la dernière mesure, et non la moindre, l'interdiction d'utiliser des menés comme poissons-appâts. L'époque des leurres artificielles débutait. Ces nouvelles mesures ont eu l'effet d'une douche d'eau foide sur les pêcheurs qui ont commencé à déserter le lac Saint-Jean: de 40 000 excursions de pêche en 1985, ce nombre a chuté à 15000 en 1986! La pêche a ensuite repris graduellement jusqu'en 1990 pour ensuite recommencer à redescendre jusqu'à aujourd'hui. "1989 a été la dernière bonne année de pêche selon certains amateurs de pêche à la ouananiche", explique le biologiste du Ministère de l'environnement et de la faune Omer Gauthier. "Pour notre part, 1992 a été l'année où les montaisons des reproducteurs dans nos deux rivières témoins ont littérallement commencé à planter". Planter est effectivement le mot à employer. Par exemple, dans la rivière Mistassini, en 1989, on a dénombré 1 634 reproducteurs en 1989, il n'en restait que 27 en 1993. ENSEMENCEMENT |
| ____Pour tenter de remédier à la situation, le ministère a entrepris dès 1990 un Programme d'ensemencement. Mais les résultats tardent à venir. Le programme en sera cet été à sa septième année et jusqu'ici, pas moins de 950 000 jeunes ouananiches ont été ensemencées dans les rivières productrices du lac Saint-Jean. Et pourtant, la pêche ne semble pas meilleure. "C'est vrai, admet Omer Gauthier, mais il y a des signes positifs. En 1993, vingt pour cent des prises des pêcheurs provenaient des ensemencements. Il faut dire aussi que depuis le début de ce programme, les experts du ministère on réajusté leur tir. En 1990, on a ensemencé des plus gros poissons que prévus, ceux qu'on appellent des "saumoneaux" mesurant entre 15 et 17,5 centimètres. Mais, on a vite constaté que c'était une erreur: Un nouveau phénomène est apparu avec la capture de petites ouananiches mesurant moins de 30 cm. _____Les gens du ministère ont alors constaté que les poissons ensemencés de la taille des saumoneaux mordaient à l'hameçon dès leur premier été en lac. Normalement, c'est seulement à partir du second été en lac, au moment où les ouananiches ont atteint une longueur de 35 cm, qu'elles s'intéressent aux leurres des pêcheurs. On a donc changer la façon de faire en 1993 en ensemençant des "tacons", des poissons de plus petite taille de 4,5 cm à 7,5 cm qui ont une plus grande chance d'atteindre la maturité avant de se faire capturer par les pêcheurs. Du même souffle, en 1994, on a aussi implanter une nouvelle réglementation: la remise à l'eau obligatoire des poissons de moins de 40 cm. Cette mesure a été bien accueillies par les pêcheurs qui semblent la respecter fortement, selon les agents de conservation de la faune. _____Cette dernière réglementation associée au réajustement du Programme d'ensemencement commencent d'ailleurs à donner des résultats. D'abord, la grosseur des poissons capturés est à la hausse. En 1994, première année de la règlementation, les pêcheurs remettaient à l'eau 7 poissons sur 10. C'est énorme. Mais l'été dernier, les remises à l'eau ont été moins nombreuses selon Omer Gauthier. En 1995, elles ont diminué de 10% par rapport à 1994. Du côté des ensemencements, le biologiste affirme, chiffres à l'appui, qu'ils commencent à donner des résultats concrets. "Les résultats sont prometteurs. Par exemple dans la rivière Métabetchouan, en 1995, sur les 600 montaisons, 40% provenaient des ensemencements alors qu'en 1994, sur les 400 montaisons, 30% provenaients des ensemencements. Egalement, dans le bassin de la rivière Ashuapmoushuam où beaucoup d'efforts d'ensemencement ont été faits, le nombre de reproducteurs dans la rivière aux Saumons est à la hausse. Il est passé de 27 en 1993 à 200 en 1995" explique le biologiste Omer Gauthier. Un autre indice qui lui permet dêtre optimiste face aux résultats du programme est la situation dans la rivière Mistassini. _____En 1990, cette rivière ne présentait pas de problème particulier, on y a donc effectuer que très peu d'ensemencement. Et bien, depuis, on constate une baisse constante du nombre de poissons qui remontent la rivière alors qu'ailleurs, où beaucoup d'efforts d'ensemencement ont été mis, on constate la tendance inverse: les montaisons sont à la hausse. Ces données ne constituent toutefois que des indices car ce n'est qu'en 1998 qu'on aura une idée plus précise des résultats du programme d'ensemencement. _____La période du fond du baril, je crois sérieusement qu'elle est passée. Nous sommes en train de remonter la pente. Et avec une plus grande implication du milieu avec la future corporation de gestion de la ouananiche, c'est encore plus prometteur, conclue Omer Gauthier du Ministère de l'Environnement et de la Faune. |


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