ENVIRONNEMENTQUAND LA NATURE NE NÉGOCIE PLUSpar Ursula Larouche |

____Aidées de la pluie, les rivières se sont déchaînées. Comme si elles en avaient marre du lit qu'on leur a refait, marre qu'on leur dicte la vitesse de leur courant, marre qu'on touche à leur rives. Évidemment, c'est une image, une interprétation colérique de ce que les rivières ont laissé derrière elles qui n'a rien de scientifique et qui demeure totalement inadmissible pour expliquer ce qui s'est passé. Ce qui s'est passé, c'est l'afflux de l'eau de 3600 kilomètres carrés de territoire dans 60 kilomètres carrés, le lac Kénogami. C'est comme si vous versiez votre cruche de 18 litres d'eau dans une cuillère à soupe. |
____De tels événements nous prennent au dépourvu, car nous sommes habitués de suivre ces malheurs sur notre téléviseur. Ces jours là, pour ceux qui ont pu le regarder, le déluge frappait ici, en même temps qu'en Chine où là, il a fait plus de 800 morts. Au-delà des barrages sur nos rivières, il y a des causes plus vastes, plus difficiles à calculer, qui sont impossibles à contrôler, à modifier à court terme. L'une de ces causes se nomme "effet de serre". L'effet de serre est due à une accumulation de carbone (CO2) produit par la combustion de matières organiques ou fossiles comme le bois, le pétrole des voitures et des industries. Actuellement, la quantité produite est beaucoup trop grande et le carbone demeure en suspend dans l'air laissant les rayons du soleil entrer dans l'atmosphère de la terre mais limitant leur sortie vers l'espace. Le carbone emprisonne la chaleur ce qui a pour résultat d'augmenter les températures à la surface de la terre. Ces changements climatiques sont difficiles à percevoir par soi-même. Il faut des années de collectes de mesures de température, de pluies ou de sécheresses pour évaluer les modifications et les affirmer au monde entier afin que des mesures de correction et des lois soient mises en place à travers la planète. L'effet de serre se manifeste, entre autres, en augmentant les précipitations dans les endroits pluvieux, par une sécheresse accrue dans les endroits secs et là ou il fait chaud, il fera encore plus chaud. |
____Le bilan de l'impact du déluge sur l'environnement dans notre région reste à compléter. On peut évaluer ce que l'on voit dans l'immédiat soient; les dégâts matériels, les modifications de rives etc... Mais, comment évaluer l'impact des débris au fond de l'eau, et celui de l'immense quantité de sable qui s'est déversé dans les rivières et le Saguenay sur les frayères, entre autres ? Certaines rivières ont changé de cours...peut-être est-elle dans la vôtre? Ou encore, elles ont creusé leur lit jusqu'à la roche. L'avenir nous dira combien de temps il faudra pour que tout redevienne comme avant. Selon madame Hélène Tremblay, directrice régionale du ministère de l'Environnement et de la Faune, les impacts sont limités. Les pertes à signaler dans les grandes entreprises se résument à quelques barils d'huiles, de phosphore, de chlore, d'acide phosphorique, de transformateurs contenant moins de 2 ppm (partie par million) de BPC (Biphényl polychloré) sauf quelques uns contenant plus de 39 ppm de BPC. La compagnie Cascades a perdu son traitement secondaire d'eaux usées mais, il semble qu'elle ait l'ancienne usine pour palier temporairement à cette disparition. Il est certain que les dégâts ne peuvent être comparés à ce que le Saguenay a déjà reçu au cours des années 60 et 70. La pêche et les autres activités aquatiques ne risquent pas d'en pâtir très longtemps.____La pourvoirie Domaine du lac HA!HA! a perdu le Grand lac HA!HA! avec l'impact que nous avons tous vu. Selon les données les plus à jour, le Grand lac HA!HA! avait, avant les événements, une superficie de 596 hectares, autour du 5 août, elle était de 230 hectares. C'est la moitié moins que ce qu'il contenait avant le bris de la digue. Bien qu'au moment d'écrire ces lignes, il était impossible d'obtenir une confirmation officielle, il semblerait que cette digue sera reconstruite par la Stone Consolidated d'ici la fin du mois d'août.____À la Z.E.C. de la Rivière-à-Mars, c'est la digue qui servait à maintenir une quantité d'eau suffisante pour le moulin à scie qui a été endommagée emportant du coup la passe migratoire dont la valeur estimée est de 150 000 $, confirme madame Martine Simard, biologiste de l'association des pêcheurs sportifs de la rivière à Mars. Selon les discussions qu'elle a eu avec les représentants du ministère de l'Environnement et de la Faune du Québec, un programme de compensation sera mis sur pied afin de les aider à reconstruire. Ce programme vaut aussi pour d'autres Z.E.C.____Ce qui c'est passé est certes déplorable pour l'environnement mais comparé à ce que le Saguenay de même que quelques rivières ont déjà reçu en matière toxique, le drame écologique n'est pas à la mesure du drame humain. L'avenir de l'écologie de nos rivières sera décidé au cours des prochaines semaines. En effet, le lit des cours d'eau sera redéfini et ces décisions risquent d'avoir un impact beaucoup plus grave sur notre environnement car, elles affecteront la plupart de ces entreprises qui doivent compléter la construction d'infrastructures permanentes à leur prise d'eau. Dans la plupart des cas les rivières sont désormais jusqu'à cinq fois plus large qu'elles ne l'étaient et la faible profondeur de l'eau risque d'avoir un impact sur les populations de poissons. |
____Le déluge a démontré que les choix qui ont été faits il y a près de cent (100) ans n'étaient pas les meilleurs. La modification du lit des cours d'eau par les grandes entreprises et l'attrait des citadins à se construire dans les zones inondables, avec la permission expresse des municipalités, sont en grande partie responsables des dommages matériels et écologiques. La même question se pose maintenant: la redéfinition du lit des cours d'eau. Reste à savoir si les événements serviront de leçon ou s'il faudra attendre un autre déluge pour qu'ils comprennent. C'est au député de Lac St.-Jean, Jacques Brassard, nommé président du comité interministériel chargé de prendre la décision concernant le futur lit des rivières, que revient la tâche d'endosser la responsabilité de cette décision.____En tant que citoyens nous avons des responsabilités à assumer. Pour contrer l'effet de serre, exigeons un transport en commun efficace afin de l'utiliser et ainsi limiter le nombre de voiture et le CO2 par famille. Il nous faut choisir des dirigeants pour notre peuple qui soient conscients que leurs décisions politiques et économiques ont un impact sur notre environnement. Qu'ils réalisent qu'un relâchement des lois concernant la protection de l'air, de l'eau et du sol, de même qu'un relâchement des contrôles auprès des entreprises sont néfastes et qu'à long terme, elles pourraient être encore plus catastrophiques, autant pour notre environnement écologique que pour notre santé. Un exemple de relâchement concerne les plages privées qui accueillent des centaines de baigneurs. Ces propriétaires n'ont aucune obligation de faire analyser leur eau, service pourtant gratuit offert par le ministère! Comment savoir lorsqu'on se présente à une plage privée, si l'on nous raconte la vérité sur la qualité de l'eau. Quand la santé publique est en jeu, il faut exiger des contrôles. |


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