LA FORÊT . . .

UN GRAND POTAGER

par Bruno G. Simard






____L'été dernier, lors d'un voyage de pêche, certains de nos compagnons, peu habitués aux excursions en forêt, furent sidérés au détour d'une petite route de voir ce qui restait de la forêt après une coupe récente. L'un d'eux semblait vraiment choqué par le paysage qui s'étendait devant lui : "Encore une coupe à blanc ! Regardez-moi ça, la forêt est dévastée." Pour ma part, je trouvait sa réaction un peu excessive, mais il fallait bien admettre que l'image était plutôt saisissante. Pourtant, il me semblait évident qu'il ne sagissait pas d'une coupe à blanc. Il y avait là les signes d'un travail ordonné, d'un cheminement organisé. La forêt n'était pas rasée comme celle que j'avais vu lors de mes premières expéditions dans le bois au début des années soixante. Pour chaque espace coupé, une lisière avait été épargnée, des tas de branches se succédaient dans une espacement régulier, il y avait un plan derrière tout ça, mais lequel ? Je n'aurais pu le dire.


____La question me travailla assez pour qu'à mon retour, je me décide à me renseigner sur le sujet. Après tout, parmi nos milliers de lecteurs, il y en a sûrement plusieurs, qui comme moi, se posent des questions sur la manière dont on exploite notre principale ressource naturelle. J'ai donc pris rendez-vous avec les gens de la division forestière de la Corporation Stone Consol, compagnie qui exploite justement le secteur que je viens de vous décrire.


____Donc en juin dernier, première rencontre avec la direction de l'exploitation forestière de Stone Consol dans leur bureau de Chicoutimi. Le but ? Poser des questions sur la façon dont sont exploitées nos forêts. Il est 8 heures du matin, le poseur de question est d'un côté de la grande table, les questionnés, de l'autre. L'atmosphère est correcte et frise la cordialité, mais comme le dit la chanson, je sens bien qu'ils se méfient. Ils sont là, ingénieurs forestiers et chefs de direction et répondent avec empressement à mes questions. Mais tout reste théorique ; "On va perdre le lecteur, c'est sûr", me dis-je. Après quelques minutes d'échanges, il se produit un allégement de l'atmosphère et s'opère alors une métamorphose chez mes interlocuteurs. Au fur et à mesure que la discussion avance, je m'aperçois que j'ai devant moi de véritables amants de la nature. Il faut voir la lueur dans leur yeux lorsqu'ils parlent de la forêt. Déjà, on ne parle plus de secteurs à exploiter, mais de la récolte d'un jardin.


____J'ai donc maintenant affaire à des citoyens comme vous et moi, qui non seulement se préoccupent de l'avenir de notre bien collectif le plus précieux, mais qui sont aussi conscients de l'importance de leur propre rôle dans le processus de préservation de ce trésor.


LES RÉPONSES À MES QUESTIONS


____Tout d'abord, il faut comprendre que toute exploitation forestière est régie par "La loi sur les forêts" de 1886. La première prescription de cette loi est que : Le ministre ne peut allouer plus de volume de bois que la possibilité forestière à rendement soutenu. Voilà pour la première sécurité. En se basant sur ce principe, le ministre accorde aux entreprises exploitant une ou des usines de transformation du bois , des contrats d'approvisionnement et d'aménagement forestier (CAAF). Ces contrats sont octroyés pour une durée de 25 ans, mais sont renouvelables tous les 5 ans, à condition que l'entreprise se soit conformée aux obligations de la loi. Soit, entre autre, l'obligation de respecter toutes les normes d'intervention en milieu forestier, (ressources naturelles, environnement et faune), l'interdiction de récolter plus de bois que le permis ne l'autorise, réaliser, à ses frais, les travaux sylvicoles nécessaires au rendement prévu. De plus, les zones exploitées font parties de ce que l'on appelle des aires communes où l'on retrouve outre les grandes compagnies forestières, les ZECS, les pourvoiries, les propriétaires et locataires de terrains et bien d'autres. Tout ces gens ont le devoir de s'entendre entre eux et de présenter un plan d'aménagement de l'aire commune sur un, cinq et vingt-cinq ans. Plan qui est d'ailleurs rendu publique. Mais tout cela ce sont des sécurités minimales, est-ce suffisant pour assurer à notre descendance qu'elle pourra aussi jouir de nos forêts ? Comment évaluer le niveau de conscience sociale d'énormes entreprises comme les compagnies forestières ?


____Ma seconde rencontre avec les gens de Stone Consol s'est faite en forêt loin des tables de conférence et des ordinateurs. je me suis rendu sur les lieux même de l'exploitation. en compagnie de mes hôtes, j'ai été à même de mieux comprendre l'impressionnante stratégie qu'il y a derrière l'exploitation forestière. J'ai été convaincu de leurs préoccupations pour l'avenir. Ces gens là ne pensent pas à court terme, mais en centaines d'années. Bien sûr, c'est toujours impressionnant de voir travailler une abatteuse ou une ébrancheuse et ce sera toujours un peu triste à voir, une colline d'épinettes qui vient d'être récoltée, mais il faut comprendre que l'effet est plus frappant parce que le potager est plus grand. Une fôret à pleine maturité c'est une forêt qui se meurt doucement. Si on ne la récolte pas, tout le monde y perd, si on l'exploite intelligemment, nous sommes tous gagnants. Et croyez-moi, le jardinier sait bien que s'il néglige son exploitation, il perdra son gagne pain. je ne peut expliquer toutes les technicalités du reboisement, de la coupe par essences, des éclaircies pré-commerciales, etc dans les quelques lignes qui me sont allouées, mais j'aimerais vous faire partager ma conviction que si chacune des compagnies forestière qui oeuvre sur notre territoire ont à leur service des gens dédiés à la forêt comme ceux que j'ai rencontrés chez Stone Consol, nous pouvons être confiants en la bonne gestion de notre ressource forestière. Vigilants, mais confiants.



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